Le mois de la femme : l’interview de Pauline Alphen

Tout au long du mois de mars le Livre de Poche Jeunesse met les femmes à l’honneursur son site.
A cette occasion, et en attendant de pouvoir la rencontrer à la Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne les 13 et 14 avril prochains, découvrez notre interview de Pauline Alphen, auteur de la saga Les Eveilleurs et de Gabriel et Gabriel.


Commençons par Les Eveilleurs : d’où vous est venue l’inspiration pour cette saga fantastique ?
Si « inspiration » signifie le coup de départ d’un projet, l’amorce d’une idée, elle s’est présentée alors que je courais sous la pluie pour attraper le bus et aller travailler, un matin glauque d’automne 2000. J’ai vu le reflet des immeubles dans une flaque et une scène, la deuxième scène du livre où Eben regarde Claris traverser la cour, puis pense à Jad. J’ai noté la scène qui se déroulait, debout dans le bus, dans un carnet que je trimballe toujours avec moi. Tous les personnages principaux étaient déjà là. Je savais que je tenais quelque chose. Je le savais parce que j’en frissonnais d’excitation et de plaisir.
Si « inspiration » signifie « envie d’écrire », alors elle est un compagnon de route dans ce voyage qu’est l’écriture. Un compagnon parfois ronchon, parfois enthousiaste mais un compagnon sûr. D’une façon générale, l’écriture me plonge dans un état très réceptif. Le quotidien devient source de sensations, d’informations qui viennent alimenter l’écriture. Une émission écoutée à la radio en voiture, une poésie que je fais réciter à ma fille, mon fils négociant les tournants de l’adolescence, quelques mots échangés avec une grand-mère dans la file du supermarché, les inconnus dans la rue, le chat qui joue avec la neige, un article sur les technologies futures dans un magazine, la forme d’un nuage dans le ciel, le tambour des sabots des chevaux sur le chemin derrière la maison… Et tous les livres… Après, il faudrait parler du travail, du long travail d’écriture qui ne se résume pas à ces moments inspirés.


Dans le premier tome, Claris, l’héroïne de 12 ans, pense que rien d’intéressant n’arrive aux filles. Partagiez-vous son opinion lorsque vous aviez le même âge ?
Non, je ne me suis jamais dit que la vie des garçons était plus passionnante. Claris non plus ! C’est dans les livres que je lisais que les aventures n’arrivaient jamais aux filles. Ce n’est plus le cas, aujourd’hui, il y a de nombreux personnages féminins dans la littérature jeunesse. Quant à Claris, elle va justement découvrir que la vie est autrement extraordinaire que ces aventures que les livres refusaient aux filles.


Comment s’est passé l’écriture de cette saga ? Connaissiez-vous déjà la fin lorsque vous avez commencé le tome 1 ?
Oui, je connaissais la fin en écrivant le premier tome, ainsi que les lignes générales de l’intrigue et les portraits des personnages. Ecrire une histoire sur plusieurs volumes, à flux tendu, demande un travail d’architecture conséquent. Une partie importante du travail consiste à « penser » le texte : quoi, qui, pourquoi, comment, et si etc. Mais, en cours d’écriture, le voyage peut prendre des tournures surprenantes et les schémas doivent être revus. Ces deux mouvements (architecture et écriture/planification et inattendu) s’alternent et se complètent tout au long du travail.
Si nous gardons la métaphore du voyage, disons que je savais d’où je partais, où je voulais arriver et pourquoi. Mais, pour moi qui n’aime pas les voyages organisés, ce sont les surprises qui rendent le voyage intéressant : le retard d’un avion qui provoque une rencontre inattendue, une panne qui permet de découvrir une ville où vous n’aviez pas l’intention d’aller, une tempête qui change les couleurs du ciel.


Vous avez également publié, au Livre de Poche Jeunesse, Gabriel et Gabriel. Ce roman est plus particulier puisque vous avouez avoir travaillé ce texte pendant … 19 ans ! Comment l’histoire a-t-elle évolué pendant cette période ?
A la différence des Eveilleurs, « Gabriel et Gabriel » est autobiographique. J’ai fait ce voyage quand j’avais 11 ans et il a représenté un tournant déterminant dans ma vie, comme si des portes s’ouvraient, des couvercles se soulevaient. Il a été la source d’images, de sensations, d’émerveillements qui sont toujours présents en moi. Certains passages de « Gabriel et Gabriel » qui décrivent ces sensations ont été écrits il y a 19 ans, puis repris sous différentes formes, en portugais et en français. Mais je n’ai pas écrit le texte pendant 19 ans ! Pendant toutes ces années, il n’y avait pas de roman, pas d’histoire vraiment, mais une source où je puisais des images, des émotions, des couleurs. Et puis, à un moment, tout cela s’est cristallisé sous la forme d’un récit, celui de deux garçons qui échangent leur vie en échangeant leurs shorts, et là, il y avait un roman.


Pour en revenir à notre thème sur la journée de la Femme : Quelle est votre héroïne littéraire préférée ?
« Orlando », de Virginia Woolf.


Si vous pouviez écrire l’histoire d’une femme emblématique, qui choisiriez-vous ?

Celles que je connais le mieux. Claris, Maya, Sierra, Chandra, Ellel, Tierra, Flèche, Styl, Deli, Mar…


Retrouvez plus d’informations sur le mois de la femme ici, et découvrez nos précédentes interview ici et ici.


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Bonne lecture avec le Livre de Poche Jeunesse !

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