Le 31/05/2011
Comme nous vous l’avions dit ici, Jacques Cassabois, auteur de Jeanne, a participé le 28 mai dernier à l’Université de Columbia à une conférence sur « Les femmes de l’ancien régime ».
Voici quelques unes de ses réflexions sur Jeanne et le féminisme :
Edwige KELLER-RAHBÉ, Dominique PICCO, Elisabeth MOTSCH et Jacques CASSABOIS
« Cette question du féminisme m’a effleuré lorsque j’écrivais. Et je ne m’en suis pas préoccupé outre mesure. D’abord par souci de vraisemblance historique : l’action de Jeanne n’était marquée par aucune intention féministe et l’affirmer explicitement aurait été un anachronisme ; ensuite parce que l’œuvre de Jeanne suffisait à elle seule à plaider la cause des femmes et que je ne devais m’attacher qu’à la suivre pour en rendre compte au mieux.
En réfléchissant pour préparer mon intervention, je me suis souvenu que je n’avais eu de cesse de mettre en exergue les combats de Jeanne, tous menés contre des hommes et des institutions tenues par des hommes. On n’imagine absolument pas aujourd’hui, alors que la cause féministe a bien fait évoluer les rapports entre les hommes et les femmes, l’exceptionnelle pugnacité qu’elle a dû déployer. Une jeune femme dans un univers d’hommes (ecclésiastiques, militaires) où elle était la seule et où elle s’est imposée par sa conviction, son dynamisme, l’exigence de ses principes moraux, mais aussi par ses… réussites ! Quand elle disait à son confesseur, le 4 mai au soir, après la prise de la bastille de Saint-Loup : « Dans cinq jours, Orléans sera libérée ! » Ce n’étaient pas des paroles en l’air. Le 8, les Anglais levaient le siège d’Orléans. »
Edwige KELLER-RAHBÉ, Dominique PICCO, Elisabeth MOTSCH et Jacques CASSABOIS
« Évidemment, toutes ces choses, je ne peux les dire qu’après-coup, en songeant au travail effectué. Si elles étaient en moi, et nul doute qu’elles y étaient quand j’écrivais, elles n’agissaient pas délibérément. C’est le travail qui les a révélées et c’est seulement maintenant que je les découvre. Les lecteurs croient souvent quand ils lisent, surtout des lectrices comme vous l’êtes, préparées et en alerte, que toutes les intentions, signes, indices qu’ils décèlent quand le livre est achevé, étaient conscients dans l’esprit de l’auteur pendant qu’il écrivait. Je vous réponds non (je parle pour moi). Il n’en est rien. Certes, quand j’écris, je m’efforce de conduire mon récit de la manière la plus raisonnée possible, mais je sais que dans cette mise en forme, beaucoup de choses mijotent et m’échappent, imposées parce le processus de création qui les a réveillées. »